AU NORD DU 50ième || 

La planche de SUP sur le top, la valise bien remplie de stock, un soleil brillant – midi tapant, quelques papillons dans l’estomac : 921 km à faire sur la route 138. Direction Sept-Îles, plage Moisie, sur la Côte-Nord.

Shelter a trouvé refuge, là où il se doit, auprès des sapins et des vagues. Un paradis québécois des plus vierges, encore pure. Je pars livrer et découvrir le Surfshack de Frédéric Dumoulin, une école-boutique d’un surfeur passionné et vrai, directement installée sur la plage à Moisie. Humble, sans prétention, un spot unique à l’image de l’environnement autour. Ce que tu vois, c’est ce qui est. Une réalité sauvage exprimant la noblesse du profond vert omniprésent. Les sapins, la fougère, le lichen, c’est ça la belle Boréale. Et c’est là. Au nord du 50ième ||.

24 juin 2016 689

Aucune expérience n’est telle qu’errer au gré des éléments. Se balancer au rythme du vent, bercé par le bruit des vagues à laisser la mer te dire quand aller jouer, quand aller te coucher.

Un sentiment exaltant surgit en m’approchant de la rivière Moisie, qui dans toute sa splendeur mythique, se déverse dans la mer québécoise. J’y ai vue l’aboutissement. Non pas dans sa finalité autant que dans sa réussite. Après toute cette route à frayer son chemin elle se jette alors dans les bras grands ouverts de la mer. Sans aucun regret amer, sa course s’arrête. La Moisie s’en remet à une force plus grande et entreprend un voyage, curieuse de rencontrer les majestueuses nageuses: ces baleines reines de leur grand royaume. L’image est forte.

On est toujours chez nous. Le territoire est vaste. Partagé. Les réserves. Maliotenam. Chez eux. Des sapins et des plages pour nous rassembler. Autant de connaissances à transmettre, ce peuple Innu, une musique à mon oreille en entrant à la station de service. J’y fais le plein de sens. À bien saisir leur motifs sculptés de par leur riche histoire. Des conditions de vie diminuées par l’envahissement blanc. À se questionner. Un grand moment de lucidité en ce petit matin côtenordien. Mère Nature m’apparaît encore plus vibrante auprès d’eux.

Les odeurs. La belle Boréale. Il me reste peu de temps avant mon retour. Maintenant ici, c’est « à la maison » qui est loin. Réflexion oblige: Loin / Proche. Lequel est? À partir d’où la notion d’éloignement prend effet? Qu’elle est la référence si chez toi est là où tu es bien? Conclusion après plus de 2000 km au compteur, j’étais très « proche du bonheur » sur ces moments parfaits. Pour reprendre l’expression de Fred et Sandra, qui y ont trouvé leur chez soi dans ce coin de paradis.

24 juin 2016 931

La rivière Manitou m’aura fait vivement ressentir cet attachement pour ce paradis. Chargée d’une force tranquille en rivière, sans crier gare elle se transforme en un puissant enchaînement de cascades tumultueuses qui ne laisseraient aucune chance à quiconque s’y mesureraient. Son flot incessant laisse échapper un bruit sourd qui retenti profondément dans la forêt qui l’entoure. Je m’y suis recueillie en tentant de connecter avec le Manitou, ce Grand Esprit qui selon la légende amérindienne, nous raconte qu’il ait trouvé refuge à même la chute qui se trouve plus bas, en fin de ce spectacle. J’étais sans mot, ébahie. En mémoire photographique : la profondeur de sa couleur ambrée et le mouvement gracieux de la vague éternelle formée au début de son mouvement. Tant de beauté. Un si grand message à recevoir au Nord du 50ième ||.

24 juin 2016 820

Minganie, Havre St-Pierre. Les panoramiques à couper le souffle s’enchaînent. Il n’y a plus de sapins. Arrive un moment où je ressens la position géographique. Le début timide d’un climat plus aride. Toundra. Je n’irai pas plus haut cette fois-ci. Assurément j’y reviendrai. 180′, retour vers Sept-Îles. J’ai un rendez-vous avec la mer et ma favorite, la Lune, cette compagne de soir, à vivre sur la plage. Celle qui me guide et me calme, qui m’amène à me poser. On dit qu’elle se fait moins timide à cette hauteur du globe. J’y retourne afin de bien me présenter à notre première rencontre du voyage. On ne s’est jamais vu de si près. Je suis fébrile. J’ai salué et remercié le soleil de sa chaude présence tout au long de cette merveilleuse journée à la Rivière-au-Tonnerre. Du haut de la falaise, à observer le temps de deux tours de grande aiguille d’horloge les vagues s’échouer une à la suite de l’autre. Le temps c’est littéralement arrêté. Au bon endroit au bon moment. En pleine conscience. L’équilibre trouvé. Je lui ai ensuite souhaité la bonne nuit au Petit-Havre de Matamec. Un refuge. À l’abri dans la sapinière historique, sur les tourbières et le marais salé à contempler la mer.

. . . : . : . :  G  R  A  T  I  T  U  D  E  : . : . : . . .

De retour à Moisie, un feu sur la plage, des rencontres enrichissantes à travers des échanges intelligents et nourrissants. Une façon de vivre, exposée par des gens libres, authentiques. Quelques gorgées d’or en bouteille, elle apparaît, sur ma gauche, côté coeur. D’abord une lueur à l’horizon, timide à travers les silhouettes de sapins noirs. Une forme ronde qui se laisse devinée… À peine j’arrive à m’exclamer de sa beauté jaillissante à mes compagnons présents sur la plage prêts à être témoins de sa levée, qu’elle impose toute sa rondeur lumineuse en une montée des plus gracieuses. Cette Maline a été représentée de mille et une façon, mais jamais aucune n’égalera le spectacle nocturne convié sur la plage. Je n’ai même tenté de la capturer en photo ne serait-ce qu’une fois par crainte de ne pas lui rendre justice. Merci la Lune.

Là où il n’y avait que très peu de bruit, où la lune était immense, les vagues omniprésentes, les sapins si verts, le vent et le calme berçant, j’y ai puisé une nouvelle force. J’ai déposé une intention. J’ai affirmé avec conviction cette confirmation que je suis bel et bien cette fille née pour vivre dehors, hors réseau, en accord avec les éléments, pas trop loin de la Montagne et de l’Océan.

24 juin 2016 741

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